Analyse de l'icône

Compte tenu de la place que tient l’application dans la culture populaire comme un moyen de rencontrer de nouvelles personnes, il est aisé de comprendre pourquoi le mot “tinder” est aussi pertinent. En anglais, “Tinder” signifie “amadou, petit bois” mais aussi “allume-feu, initiateur (de feu)”. À ce terme accrocheur, vient également se superposer une icône d’application à la conception attrayante qui permet d’augmenter la possibilité de l’application d’être remarquée et de fournir aux utilisateurs une motivation supplémentaire pour parcourir les détails de l’application. 

Nous voyons donc ici, le rôle d’une icône attrayante lorsqu’elle est mise dans un magasin d’applications très compétitif. De plus, les couleurs vives et brillantes de l’icône induisent des sentiments d’intimité et d’intérêt pour les utilisateurs (Ho et Hou – 2013). 

Ce sont tous de bons sentiments que n’importe quel concepteur d’application voudrait faire ressentir à ces utilisateurs potentiels, notamment pour une application menant probablement à l’intimité romantique et/ou sexuelle. Lynch et Wysocki évoquent quant à eux un principe de base du marketing. Celui-ci est conçu pour inciter les gens à vouloir des produits et à les vouloir rapidement. Ainsi, ce schéma sémiotique efficace permet de renforcer encore la popularité de l’application

L’appel visuel de Tinder

L’attrait visuel est un concept extrêmement important à tous les niveaux quand il s’agit de Tinder et même d’autres applications. Sur ce point, Ho et Hou évoquent le concept de “Kansei” qui fait référence aux sentiments psychologiques et aux images que les consommateurs associent à de nouveaux produits. Faisant écho à ce concept, Trachtinsky et Norman affirment que ce qui est beau est utilisable. D’après mon expérience, l’application Tinder est très agréable à l’oeil. Il est satisfaisant de regarder les couleurs choisies et l’utilisation de l’espace pour les photos. Un sentiment comme celui-ci est crucial pour le succès d’une application. En effet, la première impression que les gens ont sur un objet est visuelle (Ho et Hou – 2013). Encore une fois, les applications doivent être visuellement attrayantes, ce qui est certainement le cas de Tinder.

Un flat design empreint de skeuomorphisme

Comme nombre d’entre vous le savent certainement, la conception numérique a longtemps été basée sur des objets du monde réel. En expliquant cette pratique, David Pogue explique que dans les années 1980, afin d’aider le public à faire la transition vers les ordinateurs, les concepteurs d’Apple et de Microsoft ont choisi des formes réelles pour afficher leurs significations. Tinder lui-même a eu recours à ce skeuomorphisme dans son application. En effet, les “cartes” empilées affichent des partenaires potentiels incitant l’utilisateur à trier. Les cartes “intéressantes” vont à droite, tandis que les cartes qui le sont moins vont à gauche. Cela coïncide avec le skeuomorphisme contemporain.

Comme le dit David Pogue, dans des circonstances efficaces, de simples métaphores visuelles dans la conception peuvent rapidement transmettrent des fonctionnalités. Lorsque vous voyez un jeu de cartes de Tinder, en raison d’une expérience antérieure avec des écrans tactiles, les utilisateurs savent faire glisser leur doigt vers la gauche ou la droite. Cette simple application du skeuomorphisme familiarise presque immédiatement les nouveaux utilisateurs avec l’application. Tinder a presque des airs de jeu jusqu’à ce que vous vous souveniez que les gens derrière ces visages sont réels.

Une information minimaliste et significative

En raison de ce skeuomorphisme très efficace, Tinder est capable de présenter des informations minimes, mais significatives. L’application va même jusqu’à éviter un fil d’actualité. Ceci est néanmoins intentionnel. En effet, le problème des flux d’actualités est la surchage d’information. Nous pouvons tous en témoigner : il est tout simplement impossible de consommer tout le contenu de votre flux d’actualité Facebook. Twitter présente une limite de caractères, mais la quantité peut être toujours aussi écrasante. Avec la stratégie des “piles de cartes” de Tinder, l’information est utilisée plus efficacement.

Au lieu que l’information soit rendu inutile par son immensité, les cartes permettent aux utilisateurs de se connecter tout en leur offrant le meilleur contenu possible, « une carte à la fois”. Les utilisateurs, peuvent faire de meilleures évaluations avec un minimum d’informations. Les premières impressions ne sont qu’un photo, l’âge de la personne, potentiellement sa profession ou l’université où elle a étudié. Plus d’informations peuvent, par la suite être obtenues si un utilisateur s’intéresse à la personne en développant sa biographie personnelle. Dans l’ensemble, comme l’affirme Sean Rad, co-fondateur de Tinder, “ce que nous faisons sur Tinder n’est pas différent de ce que nous faisons déjà. Vous voyez quelqu’un, vous observez leur visage. Si vous trouvez qu’il y a une connexion entre vous deux, vous essayez de voir si vous avez des intérêts en commun, si vous partagez les mêmes groupes sociaux et vous essayez de créer quelque chose, un rapprochement.” En simplifiant l’information comme elle le fait, Tinder imite la première rencontre avec une personne, mais avec la facilité de ne pas avoir à se déplacer physiquement dans un espace public et de se mettre dans l’embarras en face à face.

Un sentiment de sécurité immédiat

Tinder dispose d’un outil pour lutter contre la tentation de se présenter sous de faux traits : le lien avec les profils Facebook. Si les utilisateurs veulent mentir sur Tinder, ils devront également le faire sur leurs profils Facebook. En outre, l’application permet aux utilisateurs de voir les intérêts communs et les amis en communs sur le célèbre réseau-social. Cependant, les utilisateurs peuvent ajouter des photos différentes et modifier leur bio. Vos photos et vos centres d’intérêt ne peuvent pas être créés directement dans l’application. Au lieu de cela, ils sont “aspirés” à partir de votre profil existant. Encore une fois, le manque général de personnalisation conduit à un plus grand sentiment de légitimité de l’identité. Bien sûr, la “fraude identitaire” existe quand même. On ne compte pas le nombre de faux-comptes de mannequins russes ou les Ryan Gosling. Tout cela nécessite néanmoins la création d’un faux profil Facebook.

Une application taillée pour l’utilisation mobile

Selon Tinder, les utilisateurs se connectent en moyenne 11 fois par jour sur l’application. Les femmes y consacrent 8,5 minutes et les hommes 7,2 minutes, ce qui correspond à 90 minutes par jour en moyenne ! La possibilité d’utiliser cette application durant des périodes très courtes permet aux utilisateurs de remplir leurs moments libres avec la poursuite d’amis ou d’amoureux potentiels. A cela, s’ajoute également un aspect discret de la conception de Tinder reflétant un nouvel usage induit par l’utilisation des téléphones portables : la capacité à utiliser son pouce. Les appareils mobiles sont fréquemment utilisés de manière rapide, augmentant ainsi la probabilité que vous essayez de naviguer sur les applications avec une seule main.

Un phénomène qui augmente l’exclusion ?

Du divertissement, au boost d’ego en passant par la recherche de relations. Les photos sont sélectionnées pour tenter de présenter un soi idéal et authentique (Ellison et al, 2006). Les utilisateurs de Tinder cherchent souvent des correspondances potentielles pour fournir des indices sur la façon de se présenter afin d’attirer d’autres personnes comme eux. Dans un environnement de repérage réduit, des études ont montrés que les utilisateurs de Tinder utilisent ces indices minimes pour montrer qui ils sont, principalement via des photos. Ils profitent également de cet environnement contrôlé pour mener des expériences de profil afin de voir comment le changement apporté à leur propre présentation peut améliorer l’approbation par d’autres utilisateurs de l’application. Les choix de profils sont souvent modifiés car les utilisateurs changent leurs profils afin d’expérimenter la façon dont les réactions varient. (Ward, 2016)

L’usage du “balayage” oblige à la gestion des impressions centrée sur le bref instant où l’on va décider en un coup de pouce d’inclure ou d’exclure une personne de notre vie. Soulevant ainsi une dangereuse vérité sur la popularité de l’application. La véritable différence entre Tinder et une autre application de rencontre lambda est que vous pouvez littéralement balayer les “matchs” potentiels hors de votre vue. Passer du temps sur Tinder imite très bien la relation que vous pourriez avoir quelqu’un que vous croisez dans la rue, dans le métro ou à la boulangerie, mais avec le plaisir tactile supplémentaire de balayer physiquement les rebuts hors de votre champs de vision (et de votre vie). En fin de compte, cette application est peu profonde et incite à la vanité. La principale préoccupation étant de réduire les relations possibles et de ne sortir qu’avec ce que nous pouvons supposer à travers les “signes” et les “premières impressions” que nous pourrons avoir.

Alors Tinder, application de rencontre ou application d’exclusion ?

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